Site de l'association Bordeaux Métropole des Quartiers 2020

Les Cahiers de l’AvenirQuelles écoles pour Bordeaux ?

Éclairé par l’actualité nationale de la rentrée 2017 (suppression des emplois aidés, choix laissé aux communes du retour à la semaine de 4 jours, nouvelles économies demandées aux collectivités territoriales, …) et par les difficultés observées localement, l’association Bordeaux Métropole des Quartiers 2020 a décidé de consacrer un séminaire au sujet fondamental de « l’Ecole dans la Ville ».

Cet article est un condensé de notre second Cahier de l’Avenir
Téléchargez-le en cliquant ici pour découvrir la totalité des fruits de notre travail

 

La rentrée scolaire bordelaise 2017 contenait en effet sa trousse à préoccupations : augmentation non-planifiée du nombre d’élèves, manque de lieux et de places d’accueil, dégradation de la qualité des établissements scolaires, infrastructures précaires et inadaptées, réorganisation hâtive des rythmes scolaires et des activités péri-scolaires, instauration d’assiettes en plastique dans les cantines aux effets sanitaires contestables (plus d’infos sur ce dernier point dans notre paragraphe « une polémique qui aurait pu être évitée » en page 6 de notre Cahier de l’Avenir), …

La gestion des écoles est pourtant une compétence clé d’une municipalité. C’est notre quotidien et celui de nos enfants. La place accordée à l’éducation, aux conditions d’enseignement, d’épanouissement et à l’accueil des enfants dessine la qualité et l’avenir d’une vie commune. Réfléchir à l’Ecole conduit à aborder une multiplicité de matières à problématiques, à recourir à une coordination et à un dialogue permanent avec bon nombre d’acteurs différents.

 

Combien d’écoles à Bordeaux ?

Premier degré :

  • 105 maternelles et écoles élémentaires publiques
  • 38 écoles privées.

Second degré :

  • 13 collèges publics et 10 collèges privés
  • 14 lycées publics et 13 lycées privés.

 

 

 

4 matières essentielles à réviser :

 

1/ Anticiper la croissance des effectifs

La rentrée scolaire à Bordeaux s’est soldée par 1 000 nouveaux inscrits dans les écoles maternelles et primaires, engendrant l’ouverture de 43 classes supplémentaires (dont 5 dédoublées) et la livraison de 3 nouveaux groupes scolaires (dont 2 modulaires).

Au-delà de la croissance globale, c’est la situation de certains quartiers, notamment les nouveaux, qu’il importe d’observer à la loupe. Telle l’école V. Havel à Ginko qui a ouvert avec une dizaine d’élèves en 2012 et qui remplit aujourd’hui 13 classes. Ou l’école Sempé qui connaît 15% d’augmentation soudaine des effectifs, entraînant quelques tensions. Cette tendance à la hausse devrait se poursuivre les prochaines années.

Ces constats soulignent la nécessité de penser suffisamment en amont la construction d’équipements scolaires en dur pour éviter les solutions modulaires. Car cette situation provisoire a un coût intermédiaire important. Elle symbolise un manque évident d’anticipation. Et des désagréments lorsque ces constructions empiètent sur d’autres espaces publics dédiés à d’autres usages (Jardin de ta soeur pour l’Ecole J.J. Sempé, Stade Alfred Daney, …). À Bordeaux ce « régime transitoire » devrait durer jusqu’en 2020. S’ajoutent à cela d’importantes fausses notes quant à la desserte de certaines écoles. On comprend alors la crainte de certains parents de ne pas bénéficier de la même qualité d’équipements dans leur propre quartier, …

 

+ 5,5% d’augmentation des effectifs scolaires depuis 2014

 

 

6 nouveaux groupes scolaires seront livrés d’ici 2020. 92 classes pour près de 2500 élèves supplémentaires : aux Bassins à Flot, Bordeaux Lac, Euratlantique (Deschamps et Carle Vernet) et Bastide Niel. Ces équipements accompagnent avec un retard regrettable les grandes opérations d’aménagement. Alors que les hôtels haut de gamme sont eux souvent livrés avant les écoles !

Les grandes opérations d’aménagement nécessitent une mise en cohérence indispensable avec les équipements publics de proximité, les écoles en premier lieu. La prévision démographique et des études de programmation scolaires deviennent indispensables à 5-10 ans.

Cela parait indispensable lorsque l’on sait que c’est parfois l’équivalent de petites villes (7 à 10 000 habitants supplémentaires par opération) qui s’y établissent.  Cela sera-t-il suffisant ? Les grandes opérations offrent à la fois des réserves foncières et des moyens budgétaires de la Métropole pour construire ces centres scolaires. Mais il ne faut pas oublier que la croissance des effectifs scolaires touche aussi des quartiers ne bénéficiant pas d’opération d’envergure. Ces zones pourraient bientôt subir elles aussi des tensions, sans disposer des mêmes possibilités d’extension ou de réserve de place pour du modulaire.

A l’heure où des villes comme Marseille construisent des écoles en partenariat public-privé, il importe d’affirmer la volonté de conserver des écoles à la hauteur d’une métropole et de considérer les équipements scolaires comme un bien commun et patrimonial.

Par ailleurs, dans une volonté de transparence et d’état des lieux permanents du parc scolaire de la ville de Bordeaux, l’open data pourrait être un bon point afin d’avoir un œil permanent sur les projections démographiques, sur les réalités de la carte scolaire ou les projets de construction et de travaux dans les écoles.

 

 

 

2/ Rythmes scolaires : priorité à l’enfant

Ce sujet touche le quotidien des enfants, des parents, des enseignants ainsi que les moyens budgétaires des collectivités. Chacun a donc son propre avis et intérêt.

Il importe de souligner qu’il s’agit de la 3ème réforme sur les rythmes scolaires en 9 ans (quelle stabilité pour nos enfants ?). La France est le pays d’Europe où le nombre de jours d’école annuels est le plus bas pour les élèves de l’enseignement primaire. De nombreuses personnalités, médecins et spécialistes de l’enfance ou des sciences de l’éducation ont lancé un appel du pour le maintien de la situation actuelle démontrant qu’un retour à la semaine de 4 jours ampute d’un mois le temps scolaire.

La question des rythmes scolaires ne doit donc pas être la résultante d’intérêts particuliers des adultes mais avant tout celle du développement de l’enfant.

En octobre, la municipalité a lancé une consultation des familles par SMS, contenant seulement 3 questions et plutôt orientées (là ou d’autres communes de la Métropole prennent le temps d’en discuter avec l’ensemble de la communauté éducative et les familles). Les conseils d’écoles statuent actuellement sur la question.

La tendance à court terme est de penser que le retour à la semaine de 4 jours coûtera moins cher aux communes, qui n’hésiteront pas -pour certaines- en période de restriction budgétaire, à privilégier l’intérêt financier. Est-ce rentrer en résistance que de penser prioritairement au bien-être de l’enfant ?

 

Pourquoi rester à la semaine de 4,5 jours ?

  • La concentration de l’apprentissage est moins efficace sur 4 jours. Cela ne permet pas à certains élèves de suivre correctement des journées trop denses.
  • L’école est un lieu de repère et de socialisation indispensable, d’autant plus lorsque les conditions familiales sont fragiles. Un jour de moins à l’école peut favoriser un décrochage scolaire plus important.
  • Parents et enfants risquent de se trouver le mercredi dans des situations inégalitaires : travail des parents, moyens financiers limités, offre associative insuffisante en raison des baisses de subventions et des contrats aidés, …

 

Quel accompagnement en cas d’un retour à la semaine de 4 jours ?

  • Ce retour à 4 jours risque d’obliger certains ménages à retourner vers des formes d’emploi à temps partiel, ou à s’appuyer sur la vie de quartier pour prendre en charge les enfants.
  • Mieux coordonner et donner les moyens au tissu associatif intervenant dans les écoles. Les associations ont souvent pris un réel relais éducatif et d’animation indispensable à l’épanouissement des enfants. Il s’avère important de poser un ambitieux projet périscolaires à l’échelle de la Ville.
  • Anticiper et mettre les solutions en face du risque d’effet ciseaux entre l’augmentation des effectifs scolaires et les contraintes associatives des centres d’animation. L’école primaire Ferdinand Buisson à Belcier a, par exemple, vu à la rentrée 2017 ses effectifs augmenter de 8 % (140 élèves) pour seulement 36 places en centre de loisirs pendant les vacances scolaires et 42 le mercredi après-midi. Comment font les 70% restants ?
  • Etre transparent, si la municipalité fait le choix de repasser à la semaine de 4 jours, sur la prise en charge réelle du coût du jour sans école (pour les familles et pour la commune). Cela dépendra du « Plan Mercredi » annoncé par le gouvernement au Congrès des Maires fin novembre 2017.
  • Renforcer la qualité des projets éducatifs de territoire : ce sont souvent des documents formels plutôt que de véritables plans d’action pédagogiques innovants et adaptés à la réalité des écoles de la ville. Celui de Bordeaux devrait être renouvelé en 2018.

 

 

 

3/ Privilégier une école ouverte et égalitaire

L’école répond à un enjeu fondamental d’égalité des chances permettant d’assurer la réussite scolaire, éducative et citoyenne de chacun. La carte scolaire, répartition géographique des enfants dans les écoles de la Ville, doit permettre de garantir la mixité sociale avec un niveau d’égalité des écoles dans chaque quartier. Pourtant, celle-ci est souvent méconnue, incompréhensible, voire contournée par les parents.

Le manque de coordination entre les collectivités responsables des différents échelons du premier et du second degré est souvent perçu comme une source de complexité apparaissant en décalage avec la réalité de certains quartiers, et ne répondant pas toujours aux attentes des parents.

 

C’est pourquoi, nous proposons, pour garantir une école respectueuse de l’égalité des chances :

  • Généraliser une véritable concertation (acteurs du quartier, équipe pédagogique, parents), centré sur les besoins de l’enfant autour de son parcours pendant le temps scolaire et périscolaire.
  • Créer une cellule de coordination à l’échelle de la Métropole entre collectivités territoriales (Ville, Département, Région) et Éducation Nationale. Celle-ci pourrait dresser un état des lieux permanent en termes de mixité sociale, de découpage des secteurs, de réseaux des transports publics et scolaires, …

A Bordeaux, la tendance au « séparatisme social » (développement des phénomènes de l’entre soi au sein de l’école) pourrait à terme s’accentuer si on ne veille pas suffisamment à cet enjeu de mixité scolaire : 47% des collégiens et un tiers des lycéens bordelais sont scolarisés dans le secteur privé. Afin de résoudre cela, il pourrait être intéressant que la Ville organise un dialogue permanent pour :

  • Associer les familles à la réflexion sur les critères d’affectation, en les informant et en encourageant les établissements à une politique d’ouverture et de communication.
  • Demander aux élus de quartier d’impulser une dynamique multipartenariale pour faire des écoles des lieux de centralité.
  • Ouvrir l’école sur le quartier.Le temps d’occupation scolaire ne représente qu’un tiers de la vie des bâtiments alors qu’ils pourraient être utilisés plus largement pour les associations, pour offrir aux habitants un nouveau type d’espace public. L’école doit être un lieu de savoir tout en restant un lieu de rencontres, notamment intergénérationnelles. A Bordeaux, l’école Labarde s’ouvre aux associations et aux familles. Ailleurs, l’exemple du Pôle Educatif Molière des Mureaux est une illustration originale de la diversification des usages que permet un équipement mutualisé, avec des espaces évolutifs et flexibles pour une plus grande intensité d’utilisation.

 

 

 

4/ Mettre en place une politique de co-éducation dans la ville autour de l’enfant

La politique scolaire de la Ville se doit d’être imaginative au moyen d’un dialogue permanent entre tous les acteurs de la communauté éducative : parents, personnel des écoles, enseignants, associations d’animation périscolaires … Associer les parents à la vie de l’école est un moyen précieux de les impliquer plus largement dans le quotidien de leurs enfants et les rendre bien plus acteurs que simples « clients » de l’école (ex : organisation de petits déjeuners des parents, lectures collectives parents/enfants etc…). La démarche d’open data et/ou de plateforme numérique peut également accompagner le projet pédagogique de l’école en faisant participer chacun aux sujets d’actualité de l’établissement. Le lien avec le personnel des écoles ou les associations œuvrant sur le temps périscolaire mérite également d’être renforcé et valorisé.

Envie d’en savoir plus ? Consultez, en page 7 de notre Cahier de l’Avenir, l’avis de Vincent Feltesse sur ce sujet.

 


 

Vous souhaitez, vous aussi, contribuer à ces débats et participer à la mise en d’oeuvre de réflexions et d’actions sur ce sujet ? Alors exprimez-vous et rejoignez-nous !

Vincent Feltesse

VINCENT FELTESSE

Conseiller Municipal d’opposition, Conseiller Métropolitain à Bordeaux Métropole, Élu au Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine

Diplômé d’HEC et titulaire d’un DEA d’Histoire, ce père de 3 enfants, marié, est d’abord journaliste avant d’intégrer l’IEP Bordeaux en tant qu’enseignant. Il débute la politique en 1994 au sein du Cabinet de Philippe Madrelle sur les affaires sociales, puis il est en 1998 le directeur de cabinet d'Alain Rousset. Il poursuit ensuite en tant que Premier maire de gauche de Blanquefort de 2001 à 2012, directeur de la campagne numérique du candidat François Hollande en 2012, député de la 2ème circonscription de la Gironde de 2012 à 2014, et surtout président de LA CUB de 2007 à 2014. Vincent devient après cela Conseiller du Président de la République François Hollande, en charge des relations avec les élus, des études d’opinion et des argumentaires politiques. Il est actuellement Conseiller à la Cour des Comptes, en complément de ses différents mandats locaux.

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