Site de l'association Bordeaux Métropole des Quartiers 2020 et de Vincent Feltesse

Cette violence qui nous limbe…

Cette violence qui nous limbe…

Tuerie d’Orlando, nouvelle forme d’attentat à Magnanville, casse à répétition lors des manifestations avec pour symbole l’Hôpital pour enfants Necker en partie détruit, meurtre d’une jeune député travailliste pro Remain, invectives sur la nouvelle manifestation du 23 juin… Ces 10 derniers jours nous ont montré une nouvelle fois encore, à quel point la violence, toutes les violences sont bien là…

Cela doit nous faire agir, mais aussi réfléchir. Sinon, au temps des réseaux sociaux, de périscope, des chaînes d’information en continu, l’effet cocotte minute sera terrible.

Quelques réflexions, assez simples.

1 – Le temps de l’insouciance est bel et bien passé.

Sur les 7 décennies qui nous séparent de le fin de la seconde guerre mondiale, plus de 5 ont été marquées par l’évidence du progrès et un certain optimisme. Ce fut bien sûr les 30 glorieuses, relayées par une forme d’émancipation sociétale post mai 1968. L’Histoire continuait à être en marche. Les années 1980 commencent à être rattrapées par la crise, les fractures, mais l’espoir demeure toujours. La chute du mur de Berlin, l’horizon européen sont là pour prendre le relais.

Depuis les années 2000, nous sommes malheureusement et résolument dans autre chose. Le crise économique est là et bien là. Plus violente. Plus financière. 2008 nous l’a rappelé. Sur un autre front, les attentats du 11 septembre sont le symbole du basculement dans une autre ère. Les troubles en Afrique, anciennes républiques soviétiques, signent définitivement cette période de fin de l’insouciance. Les bouffées d’oxygène apparaissent presque comme des leurres. Il en fut ainsi des printemps arabes.

Il faut en avoir conscience. Affronter cette nouvelle donne. Se renforcer. Résister.

2- Oui, nous sommes dans une forme de guerre.

Les débats ont été très forts sur l’utilisation de ce terme. Est il trop anxiogène ? Est il indécent par rapport à ce qui a été vécu par des générations plus anciennes ou par rapport à ceux que vivent d’autres, en ce moment même, à travers le monde. Je me suis longtemps interrogé sur le fait de l’utiliser ou non. Mais, je le fais désormais mien. C’est une guerre particulière, celle contre le djihadisme radical, mais c’est une guerre. Ce mot comprend 2 dimensions marquantes pour moi: la durée et le fait que tout le monde peut être touché.

De tout ce que j’ai lu, les propos de Etienne Balibar, publiés dans Libération juste après les attentats de novembre 2015 m’ont paru offrir le bon cadre: http://www.liberation.fr/…/nous-en-payons-le-prix-et-nous-e…

Et cette guerre particulière se fait dans un contexte d’enflammement dans beaucoup d’endroits du monde. Plusieurs articles du numéro du Débat de mars 2016 sont eux aussi éclairants.

Cela va donc durer. Il y aura des hauts et des bas. Nous l’emporterons mais les reculs, les morts comme dans toute guerre seront là. A un moment où un autre.

3 – La violence, voire l’hyper violence, ne sont pas une nouveauté. Elles ont cependant un effet particulier à l’heure du tout image et de l’abolition des barrières temporelles dans la circulation de l’information.

Je ne suis pas sûr que la barbarie dont font preuve les hommes de Daesh soient supérieures à celles des années noires en Algérie. Je ne pense pas que la tuerie d’Orlando ait été plus terrible que le massacre de de l’école militaire de Peshawar en décembre 2014: 141 morts dont 132 enfants. Et nous pouvons remonter dans le temps. Décennie par décennie. Siècle par siècle. Pays par pays. Continent après continent. À chaque fois les mêmes frissons. La même nausée. Les mêmes hauts le cœur.

Je garde particulièrement en mémoire une discussion récente avec plusieurs historiens – Christian Ingrao, Johann Chapoutot… et d’autres sur l’hyper violence à travers les siècles. Les mêmes mutilations. La même utilisation des enfants. L’horreur n’est pas nouvelle. La violence a peut être même décliné. Globalement.

Dans un autre registre, moins dramatique mais ne devant pas entraîner une quelconque banalisation, la casse des manifestations de ces derniers mois et semaines n’est pas plus intenses que celle connue à la fin des années 70 et au début des années 1980. Cet extrait du journal télévisé de France 2 le montre bien sûr les autonomes le rappelle: http://www.ina.fr/video/CAB96009188

Mais la société de l’image, de l’immédiateté dans laquelle nous sommes rend les choses radicalement différentes. Nous sommes en première ligne de tout. Nous ne pouvons plus éviter, ne pas voir. La communautarisation qu’induit les réseaux sociaux renforcent nos peurs, nos intuitions, nos certitudes…

4 – Dans ce contexte, les politiques que nous sommes avons un rôle particulier. Même si nous ne pouvons plus rien faire seuls.

Ce moment particulier nous impose, nous oblige. Il nous fait agir mais ne pas surrréagir. Il nous faut donner un cadre et un horizon, pour permettre à la société de se mettre en mouvement.

L’action est bien sûr la première des réponses face à la menace terroriste et à toutes les violences. L’action est aussi indispensable dans d’autres domaines. Je pense ici à la question européenne. Singulièrement aux migrants;

L’absence de surréaction est presque devenue aussi importante que l’action. Dans une société, un pays, où tout le monde est à fleur de peau, nous devons tempérer. Décélérer. Cela vaut singulièrement dans les mots. Comme nous sommes dans une forme d’hystérie du débat public, il est très important de ne pas en rajouter. La tentation est pourtant très forte. Le monde est de plus en plus complexe. Mais, on nous demande en même temps des réponses de plus en plus simples et immédiates. Face à la mondialisation, 140 caractères. Face à la barbarie, une réponse qui doit passer d’abord par l’image. C’est tout simplement impossible. Il nous faut refuser cet enchaînement mortifère. Nous devons bien peser chaque mot que nous prononçons.

La nécessité d’un cadrage et d’un horizon. La parole politique est certes décrédibilisée, mais elle demeure forte par rapport à d’autres. Il faut donc l’utiliser pour expliquer ce que la société vit, dans quel moment nous sommes. Et donner un horizon. Expliquer, permettre pour que la société, avec ses infinis possibilités puissent se mettre en mouvement. Créer ses anticorps. Permettre le progrès. Car il est encore là. Et bien là. J’y reviendrai.

Vincent Feltesse

VINCENT FELTESSE

Conseiller Municipal d’opposition, Conseiller Métropolitain à Bordeaux Métropole, Élu au Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine

Diplômé d’HEC et titulaire d’un DEA d’Histoire, ce père de 3 enfants, marié, est d’abord journaliste avant d’intégrer l’IEP Bordeaux en tant qu’enseignant. Il débute la politique en 1994 au sein du Cabinet de Philippe Madrelle sur les affaires sociales, puis il est en 1998 le directeur de cabinet d'Alain Rousset. Il poursuit ensuite en tant que Premier maire de gauche de Blanquefort de 2001 à 2012, directeur de la campagne numérique du candidat François Hollande en 2012, député de la 2ème circonscription de la Gironde de 2012 à 2014, et surtout président de LA CUB de 2007 à 2014. Vincent devient après cela Conseiller du Président de la République François Hollande, en charge des relations avec les élus, des études d’opinion et des argumentaires politiques. Il est actuellement Conseiller à la Cour des Comptes, en complément de ses différents mandats locaux.

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