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Émotions partagées, sentiments mêlés, visages retrouvés mais surtout fierté et espoir.

Émotions partagées, sentiments mêlés, visages retrouvés mais surtout fierté et espoir.

Je n’avais pas prévu d’y aller. Vraiment pas. Ni coquetterie. Ni dépit. Non, juste deux rapports à boucler pour la Cour des comptes. Comme lorsque je faisais de la recherche en Histoire, Une quinzaine d’heures de rédaction possible entre samedi après midi et dimanche. Je m’étais juste accordé par avance une pause d’une heure pour suivre à la télé la passation de pouvoir à l’Élysée.

Et vendredi, les deux messages sont arrivés presque coup sur coup. Un  mail du directeur de cabinet de François Hollande : les collaborateurs, passés et présents, sont invités à accueillir le nouveau président et à saluer le sortant. Puis surtout un sms. D’un ami. Très proche de Hollande, de Macron, de moi. Il est de ceux qui ont franchi le pas il y a quelques mois déjà. Après, une période de gêne et de distance vers l’été, nous nous sommes revus. Là, les communications sont redevenues fluides. « Vincent, cela me ferait plaisir qu’on soit ensemble à ce moment particulier ». Moi aussi. J’y suis donc allé.

Sortie du métro à Concorde. L’ambiance très particulière de cette place les jours de moments républicains. Le silence. Le vide. Même les oiseaux semblent se retenir de piaffer. Les quelques centaines de mètres vers le théâtre Marigny. A pieds au milieu des gardes républicains qui vont prendre place. Il est là. Nicolas Revel aussi. Nicolas était l’autre secrétaire général adjoint dans la première partie du quinquennat. Il est resté quelques mois de plus que Emmanuel Macron. Nous avons donc plus longtemps travaillé ensemble. Un peu plus d’un trimestre avec Emmanuel. Plus de trois avec Nicolas.

Des anecdotes, des souvenirs communs. Un mot qui revient dans nos bouches à tous les trois : « Bizarre ». Pour eux deux, le Président sortant et le Président entrant, pour nous, qui avions travaillé avec les deux et parfois pour les deux. Nous avançâmes, passâmes les contrôles. Au fur et à mesure, je me retrouvais au milieu des proches, très proches du nouveau président. Nous nous connaissons bien, avons fait des bouts de chemin ensemble, nous nous sommes aussi heurtés mais aujourd’hui nous sommes surtout contents de nous retrouver. Du plaisir mais aussi un  mélange de gêne, de nostalgie, d’espoir. Me voilà donc à l’entrée du 55. Christophe Castaner, devant, Benjamin Grivaud et beaucoup d’autres à côté…

Une des premières choses qu’Emmanuel Macron m’a dite en arrivant à l’Élysée, c’est « Tu verras, nous sommes la 5e puissance au monde, nous sommes au cœur du pouvoir, mais l’Élysée ressemble beaucoup à une sous préfecture. Une sous préfecture du XIXe ». L’avantage dans les sous préfectures, c’est que tout le monde vous connaît. Les huissiers, les gardes républicains. « Ah. Monsieur Feltesse… Passez par ici ». Me voilà donc à remonter la cour d’honneur sur le tapis rouge. Le perron, et puis la salle des fêtes. Il y a deux ans et demi, on y faisait le pot de départ d’Emmanuel Macron. François Hollande y fit un de ses discours. Virevoltant. Hilarant. Brillant. Affectueux.  Mais, ce n’est pas ça qui m’a marqué. Non, ce qui m’a marqué, c’est le cadeau que le personnel de l’Elysée a fait à Emmanuel Macron : le frac des huissiers de l’Élysée. Une belle preuve d’affection et de reconnaissance.

Me voici donc dans la salle des fêtes. Dans le carré des invités du nouveau président. D’autres têtes connues avec lesquelles j’échange : Jean Pisani Ferry, Richard Ferrand, Arnaud Leroy… Des sentiments compliqués à analyser et même à verbaliser. Ce n’est pas une succession. Ce n’est pas non plus un adversaire, souvent revanchard, qui arrive. Non, c’est autre chose. Dans mes sentiments comme dans l’histoire politique du pays.

Nicolas, Gaspard et moi, nous mettons à part. Discutons un peu plus longuement. Revenons sur les derniers événements et Gaspard nous précise le déroulé. Il ne sera pas possible d’applaudir le président sortant et d’assister à l’intronisation du nouvel entrant. Nicolas reste à l’intérieur. Gaspard et moi sortons.

Dehors aussi, la foule est nombreuse. Des journalistes dans les deux cas. Mais, c’est le seul point commun. Le personnel de l’Élysée est dans la cour. Les anciens conseillers aussi. Nous sommes ensemble. Le nouveau président est annoncé. La pluie commence. Nous éclatons tous de rire. Les cieux ont parlé. L’héritage est là.

La voiture arrive. François Hollande accueille sur les marches du perron Emmanuel Macron. Il est seul. Son épouse est arrivée quelques minutes avant. C’est le temps de l’entretien. Je me demande où est Jean-Pierre Jouyet. Il est resté à l’étage. Probablement pour finaliser les transmissions de dossiers avec le nouveau secrétaire général.

Le temps passe. Lentement. Des échanges de sms pendant ces minutes. Je m’éclipse un peu et vais dans la cour est. Mon ancienne cour. Elle accueille encore mon vélo que j’y laisse volontairement. Je salue les gendarmes, les chauffeurs. C’est délicat également de définir ce que c’est que de travailler à l’Élysée. Bien sûr une lessiveuse. Des coups de boutoir incessants. Surtout sous ce quinquennat. Mais un personnel incroyablement présent, attentif, compétent… mais aussi chaleureux. Presque une pension de famille.

Une sous préfecture. Une pension de famille. Mais aussi le lieu qui abrite le PC Jupiter.

Le temps passe. Les deux hommes ressortent. Les applaudissements crépitent. Ils se serrent la main. Se la resserrent. Pas d’accolade. Mais par deux fois, brièvement et discrètement, Emmanuel Macron applaudit François Hollande. Ce sont ces quelques secondes que je retiens, qui me marquent.

François Hollande sort. Marqué par ces 5 années. Attaqué de toute part, mais finalement faisant face, empêchant le pays de se déchirer et permettant aussi des progrès.

Emmanuel Macron entre. Il a 39 ans. Il est rayonnant. Il incarne l’espoir. La France rayonne. La France incarne l’espoir. Les chocs vont vite venir. Mais Emmanuel Macron a aussi travaillé avec nous pendant plus de 4 ans. Il s’en est éloigné, par certains aspects, a rompu, veut faire différemment… Mais pendant 4 ans, il a aussi fait face.

François Hollande répétait en 2011 qu’il fallait 10 ans pour faire bouger un pays comme la France. Il ne sera pas au pouvoir pendant 10 ans. Mais par certains aspects, il y aura une certaine continuité. Les erreurs pourront être corrigées. Les impasses surmontées.  Les bonnes réformes poursuivies.  Et bien sûr et heureusement de la nouveauté.

C’est une discussion que j’ai eu régulièrement, très régulièrement avec François Hollande. Ce qu’on laisse, qu’on lègue, celui (ou « ce qui suit ») qui succède même si ce n’est pas volontaire est très important.

Et voici ce qui est laissé par François Hollande, un pays qui va mieux, un pays qui a fait plus que résister à des attaques d’une violence et d’une intensité inconnue depuis la guerre d’Algérie, voire la seconde guerre mondiale, et un président de 39 ans, optimiste et aimant.

Il y a aussi les fractures et l’état des partis politiques, et singulièrement du parti socialiste. Mais ce qui compte – pour moi en tout cas – c’est bien plus le pays que le parti. Pendant 3 ans, je l’ai servi en étant un des plus proches collaborateurs du président de la République. Cette page se tourne.  Elle m’aura profondément changé. Pendant 13 ans, j’ai eu des responsabilités dans la métropole bordelaise. Comme maire de Blanquefort. Puis comme président de la Communauté Urbaine de Bordeaux. C’est à ce territoire que toute mon énergie politique sera désormais consacrée. Fort de cette expérience. Et des autres. Et conscient des changements en cours.

 

 

Vincent Feltesse

À PROPOS

Conseiller du président de la République, en charge des relations avec les élus, des études d’opinion et des argumentaires politiques.

Âgé de 49 ans, marié, père de 3 enfants, il est originaire de la région parisienne. Diplômé d’HEC et titulaire d’un DEA d’Histoire sur l’extrême droite, Vincent Feltesse est d’abord enseignant et chercheur. Il arrive en Gironde à l’été 1994 pour travailler au Cabinet de Philippe Madrelle sur les affaires sociales, puis devient en 1998 le 1er directeur de cabinet d' Alain Rousset.

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