Site de l'association Bordeaux Métropole des Quartiers 2020 et de Vincent Feltesse

Lettre de démission du PS de Vincent Feltesse

Lettre de démission du PS de Vincent Feltesse

Bordeaux, le 16 janvier 2019.

Monsieur le 1er secrétaire, cher Olivier,

Comme je l’ai annoncé ce soir en réunion de section, j’ai décidé de quitter le Parti socialiste. Je ne claque pas la porte, mais je ne le fais pas non plus sur la pointe des pieds, compte tenu de plus de 20 années d’engagements et de plusieurs responsabilités locales et nationales. C’est une décision que j’ai déjà prise il y a déjà un certain temps et dont j’ai prévenu il y a plusieurs semaines la présidente du groupe à la mairie de Bordeaux, comme les présidents des groupes à la métropole de Bordeaux et à la région Nouvelle Aquitaine. Il n’y a donc pas de phénomène déclenchant – les troubles que connaît actuellement notre pays m’ont même fait temporiser un peu – mais plutôt une lente maturation. 

Nous sommes en France, comme dans plusieurs pays occidentaux, voire dans le monde à un moment de basculement et je ne crois plus au cadre actuel des partis, singulièrement du notre, pour répondre à ces défis. 

Les corps intermédiaires sont probablement plus que jamais nécessaires – on le voit bien depuis plusieurs semaines avec le dangereux face-à-face qui s’est instauré entre le président de la République et le mouvement des gilets jaunes – mais ils ne peuvent se contenter de simplement chercher à prolonger le passé. La nostalgie ne peut être l’alpha et l’oméga dans un monde bouleversé.

Dans ce moment particulier et pour l’homme de gauche que je suis, deux conditions me semblent indispensables pour permettre le sursaut : l’ouverture et le travail de fonds sur les idées. Ces conditions ne sont pas exclusives, mais fondamentales et correspondent à ce que j’ai tenté de faire durant plus de 22 années de militantisme et d’engagement au Parti socialiste.

Je pense qu’à un moment de crispation, à un moment où les uns et les autres se replient, il est au contraire nécessaire de s’ouvrir, de discuter et de se confronter. Cette ouverture à la société civile qui est d’ailleurs une de mes marques de fabrique me semble de plus en plus indispensable. Lorsqu’en mars 2001, je deviens à la surprise générale le 1er maire de gauche d’une ville réputée imprenable, je le dois au fait que ma liste était largement constituée d’associatifs, de personnalités engagées dans l’action civique sans pour autant appartenir à des partis politiques. Lorsqu’en 2006, François Hollande me nomme secrétaire national du parti socialiste, j’invente les adhérents par internet à 20 euros. Plus de 100.000 nouvelles personnes, venant d’horizons variés, et pas juste pour voter à la primaire : près de la moitié d’entre eux adhèrent alors qu’il n’est plus possible de voter pour la désignation. En 2007, quand je prends la présidence de la Communauté urbaine de Bordeaux, je gouverne avec des maires de différentes sensibilités politiques et met surtout en place des outils de collaboration et de partage avec les acteurs du territoire. Dans les deux cas, les résultats sont là. Et même dans mes fonctions à l’Elysée, dans un contexte de tensions politiques fortes, j’ai toujours veillé, tout comme toi, à ce que tout le monde continue à se parler. 

A Bordeaux, un an après la défaite de 2014, j’ai lancé une association, elle aussi ouverte nommée Bordeaux Métropole des quartiers. Cette oxygénation, je la ressens de moins en moins au parti socialiste. Elle n’a jamais été très forte. Je me souviens encore comment ont été accueillis les nouveaux adhérents à 20 euros alors qu’ils avaient en général un fort bagage associatif et syndical. Mais, les choses vont de mal en pis. Face aux défaites successives, le parti socialiste se rabougrit, se racornit. Comme il y a de moins en moins de places, les autres sont plus souvent vus comme des concurrents que des camarades. Le fiel est préféré à l’échange, l’anathème à la recherche de compréhension. Ma décision n’échappera d’ailleurs pas à ce réflexe. Je sais bien que tu n’es pas dans cette disposition d’esprit et que ce n’est pas cela que tu cherches à impulser. Mais la réalité est malheureusement tout autre.

Je le fais également car je pense que pour que la gauche se relève, ce que je souhaite, en France et ailleurs dans le monde, il lui faut se réarmer idéologiquement, produire des idées. La bonne vieille formule « Dans l’opposition, on s’oppose » ne permet plus forcément la victoire, mais assure presque certainement une gestion décalée et décevante. Je le sais. J’y ai participé et ai d’ailleurs ma part de responsabilité. Mais avec un recul de près de vingt ans, je trouve que nous avons singulièrement abandonné le combat des idées sur l’écologie, sur la question sociale, sur l’immigration, sur l’éducation, sur la sécurité, sur le travail, la mondialisation… Nous avons été incapables de donner une grille d’analyse et d’inventer les bons leviers d’actions face aux bouleversements connus ces dernières années : chute du mur de Berlin, urgence climatique, croissance des inégalités, retour des religions et instrumentalisation de celles-ci par le terrorisme, irruption du numérique, révolution démographique… Il y a eu des tentatives, mais elles relevaient plus du prétexte et de la posture que de la sincérité. A chaque fois, nous sommes pris dans le cycle infernal de l’élection qui suit. Nous sommes sous la pression permanente de l’actualité et de l’élection suivante. Je ne vois pas de travail de fonds, s’inscrivant dans la durée, ni à Paris, ni à Bordeaux. J’ai donc décidé de le faire à ma manière. Entouré d’autres personnes.

L’association dont je t’ai parlée produit, rencontre, accueille, organise des événements, publie des cahiers et des livres, cherche à tirer le débat vers le haut.  J’anime aussi depuis 18 mois un collectif sur les questions migratoires regroupant associatifs, universitaires, hauts fonctionnaires, syndicalistes, entrepreneurs, responsables de la communication et d’instituts de sondages… Les débats sont riches, concrets, honnêtes… C’est d’ailleurs cela, la production d’idées, qui m’animera dans les 6 prochains mois, au niveau local et national. Je changerai un peu de méthode, pour décentrer mon regard, parcourir la grande Région et les territoires extra métropolitains, pour là aussi, mieux comprendre et mieux proposer.

Et il y a bien sûr la politique, que je connais parfaitement, trop probablement. Je quitte le parti socialiste sans rallier un autre parti et le fais aussi volontairement de manière individuelle. Pas question de provoquer de nouvelles scissions, de répondre aux sollicitations des uns et des autres pour créer un groupe à la métropole ou à la Région.  Je me concentrerai dans le semestre qui vient sur cette ouverture, cette production. Je dirai à l’occasion des élections européennes pour qui je voterai. Je ne le sais pas encore car il n’y a pas d’évidence. Et puis, il y aura les élections locales, pour lesquelles l’entrée société civile me paraît une évidence, voire une injonction.

Comme tu le vois, je suis plein détermination, de convictions mais aussi d’incertitudes. Quel cadre inventer ? Quelle coalition créer ou refuser ? Comment concilier l’urgence de l’immédiateté avec un travail en profondeur ?

Je ne renie ni mes engagements, mes valeurs. D’ailleurs, je me retrouve assez bien dans la pensée et le mode de fonctionnement de la CFDT à laquelle j’ai adhéré il y a plusieurs mois.

Voilà mon cher Olivier. Nous nous connaissons depuis longtemps, avons mené par mal de combats communs, mais nos chemins divergent. Je te souhaite du courage dans tes fonctions.

Amitiés sincères (et non plus socialistes selon la formule d’usage ☺)

Vincent Feltesse.

Vincent Feltesse

VINCENT FELTESSE

Conseiller Municipal d’opposition, Conseiller Métropolitain à Bordeaux Métropole, Élu au Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine

Diplômé d’HEC et titulaire d’un DEA d’Histoire, ce père de 3 enfants, marié, est d’abord journaliste avant d’intégrer l’IEP Bordeaux en tant qu’enseignant. Il débute la politique en 1994 au sein du Cabinet de Philippe Madrelle sur les affaires sociales, puis il est en 1998 le directeur de cabinet d'Alain Rousset. Il poursuit ensuite en tant que Premier maire de gauche de Blanquefort de 2001 à 2012, directeur de la campagne numérique du candidat François Hollande en 2012, député de la 2ème circonscription de la Gironde de 2012 à 2014, et surtout président de LA CUB de 2007 à 2014. Vincent devient après cela Conseiller du Président de la République François Hollande, en charge des relations avec les élus, des études d’opinion et des argumentaires politiques. Il est actuellement Conseiller à la Cour des Comptes, en complément de ses différents mandats locaux.

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