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Trois jours après… Ou le désert des Tartares sur la banquise qui fond

Trois jours après… Ou le désert des Tartares sur la banquise qui fond

Il y maintenant trois jours que Nicolas Hulot a démissionné en lançant un nouvel appel, à toutes et à tous. Cela a été un choc, pour beaucoup. Moi comme les autres. Peut-être un peu plus que certains. J’avais eu l’occasion de travailler avec lui à l’Elysée, d’apprécier sa sincérité et ses doutes. Après son départ, après le succès de la COP 21, y compris dans les moments de doutes pour moi (au pire moment de la présidence de F. Hollande à l’automne 2016) mais aussi de pari pour lui (lorsqu’il commence à être séduit par la démarche de E. Macron).

Comme beaucoup, je m’interroge sur ce hiatus croissant, ce déni de réalité. Tout le monde constate chaque jour, dans son quotidien le dérèglement climatique : les étés toujours plus chauds, les oiseaux qu’on entend de moins en moins lorsqu’on se promène, les parebrises qu’on a plus besoin de nettoyer après de longues routes car les insectes ont presque disparu, les orties qui ne piquent plus car elles aussi de plus en plus rares… Et je ne parle pas des reportages, tribunes rapport, études scientifiques… Tout cela, oui. Et d’autre part des réactions qui ne sont pas à la hauteur. Des politiques, y compris des écologistes et je reviendrai dessus. Des industriels. Des médias. De la société dans son ensemble et même de tout un chacun.

C’est en cela que le geste de Nicolas Hulot est un choc. Ce n’est pas juste parce qu’une icône part, mais aussi parce que le mieux armé, ou presque, pour faire bouger les choses renoncent. Pourtant il a essayé toutes les voies. Celle de l’influence. C’était l’idée du Pacte écologique de 2006 qui a été signé par tous les candidats à l’élection présidentielle et contribuera au succès du Grenelle de l’environnement. Mais quelques mois après Nicolas Sarkozy explique que « l’environnement, ça commence à bien faire ». Celle de l’implication sur un sujet stratégique et limité avec son titre d’envoyé spécial pour la COP21 qui débouchera sur un grand succès. Mais remis en cause, faute de concrétisation rapide y compris par la France présidée par François Hollande (j’en garde quelques souvenirs cuisants) et surtout non contraignant puis mis à mal par Donald Trump. Celle enfin de l’engagement politique, là encore avec un échec. Après celui de sa candidature à la primaire d’Europe Ecologie Les Verts en 2011, montrant une nouvelle fois une forme d’immaturité de cette formation politique, son titre de Ministre d’Etat ne lui a que peu servi.

Et maintenant que faire ?

Nicolas Hulot a échoué. Notre maison brûle de plus en plus rapidement. Et trois jours après, les médias sont déjà passés à autre chose. Pourtant, il n’est pas question de se résigner, ni de se fourvoyer.

Quelques réflexions personnelles qui guideront mon engagement locale et intellectuel dans les mois qui viennent.

Ne pas croire au Grand soir écologique. Il y a bien sûr une articulation forte entre libéralisme financier et dégradation de la planète. Elle est même évidente pour moi. Il y a un combat idéologique à mener, mais celui-ci est nécessairement dans le long terme. Cette réflexion/conception ne doit pas empêcher d’agir. Plus rapidement. Plus concrètement.

Dénoncer la politique des petits pas et le Green Washing. Ils sont même contre productifs. Ils ont tendance à nous faire croire qu’on peut empêcher le drame avec juste des accommodements à la marge. Ce n’est pas du tout à l’échelle. Cela maintient même une illusion, dévastatrice à terme.

Appeler à une mobilisation citoyenne et avoir conscience que oui, il y aura des changements d’habitude et peut-être même quelques sacrifices. En quelques décennies, nous avons dilapidé beaucoup de nos ressources. Nous avons « flambé ». Et oui, il va falloir changer nos manières de faire, de se déplacer, de consommer… Je ne sais pas si l’écologie sera punitive ou pas, mais en tout cas elle impliquera des comportements différents. Il y aura peut-être parfois des contraintes.

Mettre cette grille d’analyse de la situation au-delà de toutes les autres. Il y urgence. Même Etat d’urgence. Et dans ces cas-là, cela prime sur tout le reste. Ce seront donc ces analyses qui guideront mon action politique locale et intellectuelle globale dans les mois qui viennent.

Le prochain Cahier de l’Avenir de Bordeaux Métropole des Quartiers portera sur l’urgence de la Nature en ville. Il est le fruit d’un séminaire au mois de juillet. Il sera présenté lors de ma conférence de presse de rentrée le 10 septembre.

Vincent Feltesse

VINCENT FELTESSE

Conseiller Municipal d’opposition, Conseiller Métropolitain à Bordeaux Métropole, Élu au Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine

Diplômé d’HEC et titulaire d’un DEA d’Histoire, ce père de 3 enfants, marié, est d’abord journaliste avant d’intégrer l’IEP Bordeaux en tant qu’enseignant. Il débute la politique en 1994 au sein du Cabinet de Philippe Madrelle sur les affaires sociales, puis il est en 1998 le directeur de cabinet d'Alain Rousset. Il poursuit ensuite en tant que Premier maire de gauche de Blanquefort de 2001 à 2012, directeur de la campagne numérique du candidat François Hollande en 2012, député de la 2ème circonscription de la Gironde de 2012 à 2014, et surtout président de LA CUB de 2007 à 2014. Vincent devient après cela Conseiller du Président de la République François Hollande, en charge des relations avec les élus, des études d’opinion et des argumentaires politiques. Il est actuellement Conseiller à la Cour des Comptes, en complément de ses différents mandats locaux.

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LE TWEET DE VINCENT

RT @MatthiasFekl: Pensées ce soir pour Joan Taris, sa famille et ses proches. Il y a un an jour pour jour, ce jeune et talentueux élu metta…

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